Vakita
www.vakita.frTl;dr
Sur quoi faire confiance
- Enquêtes de terrain documentées sur l'écologie, l'agriculture et le bien-être animal, avec quelques dossiers phares solides côté méthode.
- Posture d'engagement assumée publiquement par les fondateurs, ce qui évite les angles cachés.
- Modèle d'abonnement direct, sans publicité ni subvention publique.
Sur quoi faire attention
- Périmètre très étroit : presque rien hors écologie, agriculture et cause animale.
- Les voix contradictoires sont rarement présentes. Certains titres tirent la conclusion avant la démonstration.
- Aucun garde-fou interne formalisé : pas de charte, pas de médiateur, pas de page de corrections.
Comment lire Vakita
- Source d'investigation engagée, à lire pour les révélations terrain. À compléter par un généraliste sur les autres sujets.
- Sur les enquêtes sensibles, croiser avec une source donnant la parole aux personnes mises en cause.
Identité
Vakita est un média d'enquête vidéo lancé en novembre 2022 par Hugo Clément et Régis Lamanna-Rodat, deux journalistes-producteurs déjà associés sur l'émission Sur le Front (France 5). Le projet revendique 100 % d'indépendance et un modèle freemium, avec des extraits gratuits sur les réseaux sociaux et les enquêtes complètes réservées aux abonnés payants1.
Le média est né d'une rupture revendiquée avec le journalisme télévisuel de grand groupe. Hugo Clément en a posé la ligne dès le départ : « la situation est trop grave pour rester dans une posture de neutralité »2. Trois ans après, l'audience cumulée sur les réseaux sociaux dépasse 1,4 million d'abonnés, mais le modèle économique reste fragile et la trajectoire est marquée par des procédures en diffamation à répétition.
Structure et financement
Vakita appartient à la SAS Impact Infos Action Entraide, contrôlée par les fondateurs via deux holdings personnelles3. Au capital figurent aussi six investisseurs minoritaires entrés lors de la levée de 1,5 million d'euros au lancement : Artémis (Pinault), Mediawan (Niel, Pigasse, Capton), Jean-Sébastien Decaux, Jacques-Antoine Granjon, Marc Simoncini et la famille Parisot4. Le revenu vient quasi exclusivement des abonnements, sans publicité ni subvention publique5.
Le risque ne vient pas du fait que ces investisseurs dictent la ligne — aucun cas d'interférence n'est documenté, et plusieurs d'entre eux ont des intérêts dans des secteurs (luxe, distribution, affichage) qui pourraient pourtant gêner l'éditorial. Il vient de la fragilité du modèle. La trésorerie était tombée à 290 euros fin 2023, après une perte de 672 000 euros sur l'exercice, et l'entreprise a lancé en mars 2026 un appel public pour trouver 20 000 nouveaux abonnés6. Cette dépendance pousse structurellement à confirmer les attentes d'une communauté déjà acquise plutôt qu'à les déstabiliser.
Historique et controverses
Trois procédures en diffamation visent Hugo Clément en moins de quatre ans : Pierre Cadéac (dressage animalier, 2022), Willy Schraen (président des chasseurs, 2024) et les fondateurs du zoo-refuge La Tanière (2025)7. Une quatrième procédure, l'affaire Tranchant, a été identifiée par recoupement et n'apparaissait pas dans la documentation initiale8. Le motif est toujours le même : des enquêtes sur la chasse, l'élevage ou la maltraitance animale. Vakita parle de « procédures bâillons », et le tribunal de Fontainebleau a relaxé Hugo Clément en mars 2026 dans l'affaire Cadéac en saluant « le sérieux de l'enquête »9. L'enquête sur La Tanière a aussi été partiellement corroborée par la condamnation du responsable zoologique pour harcèlement moral en mars 202610.
Le pattern est lisible : Vakita s'attaque à des intérêts économiques organisés, ce qui déclenche des plaintes systématiques. Aucune condamnation pour désinformation n'a été prononcée, et Conspiracy Watch ne signale rien sur le média11. Le risque pour le lecteur n'est donc pas la fabrication, mais l'usure judiciaire d'une rédaction de petite taille.
Couverture et cadrage éditorial
Vakita revendique un journalisme engagé mais rigoureux, fondé sur « des sources vérifiées, des réponses contradictoires, des faits documentés »2. L'analyse de 42 contenus publiés entre 2023 et 2026 montre que cette méthodologie est appliquée par à-coups : excellente sur quelques enquêtes phares (TikTok, dossier pesticides, Ynsect, Gabès), beaucoup plus faible sur les formats immersifs où les voix opposées sont quasi absentes (culte d'Amma, permis de chasse en caméra cachée)12.
Le périmètre éditorial est unidimensionnel. Sur 42 contenus analysés, sept sur dix portent sur l'écologie, l'agriculture ou la cause animale. Aucun sujet sur l'économie hors fiscalité des ultra-riches, aucun sur la culture, la sécurité ou la politique intérieure non écologique. Les titres construisent souvent la conclusion avant la démonstration (« CAUCHEMAR », « pollution folle », « du rêve au désastre »), et les chasseurs, les éleveurs ou les entreprises mises en cause apparaissent presque exclusivement comme objets de critique12. Le cadrage est cohérent avec la posture déclarée, mais resserre la grille de lecture : on ne lit pas Vakita pour avoir un panorama, on le lit pour une thèse.
Rigueur de l'information
Aucun évaluateur indépendant ne note Vakita à ce jour, le média étant trop récent et trop niche pour figurer dans les baromètres usuels13. L'analyse interne situe le travail dans une zone intermédiaire : sur huit enquêtes accessibles sans abonnement, une seule mobilise au moins trois sources nommées propres ; cinq contenus sur douze portent un label de format cohérent ; et la moitié des sujets d'actualité contiennent des jugements glissés dans le récit sans être attribués à une source (« total impunité », « un véritable carnage »)12. La frontière entre enquête, reportage, témoignage et décryptage n'est jamais marquée.
Le problème n'est donc pas que Vakita ment, mais que le lecteur ne sait pas toujours sur quel registre il se trouve. Une enquête longue avec experts nommés et droit de réponse ne se lit pas comme un témoignage immersif sans contre-source : sur la plateforme, elles portent le même tag « Enquête ». On n'est pas face à un média peu fiable, on est face à un média sérieux dont les garde-fous éditoriaux ne sont pas encore en place.
Déontologie et correction
Vakita ne publie pas de charte éthique, ne dispose pas de médiateur, n'a pas de page de corrections, ne déclare pas de cellule de fact-checking et n'adhère ni au CDJM, ni au label JTI, ni à aucune fédération de presse14. Le média ne dispose pas non plus de société des journalistes interne. Le seul marqueur institutionnel confirmé est la nomination d'un directeur de publication3.
Concrètement, si une enquête comporte une erreur, il n'existe aucun dispositif visible pour la signaler ou en obtenir la rectification. Aucune correction publique n'a été identifiée sur les deux critiques éditoriales relevées dans les sources, même si ces critiques émanent d'un blog partisan dont l'hostilité est documentée15. La protection vient pour l'instant des relaxes judiciaires et d'une équipe resserrée, pas d'une infrastructure déontologique. C'est tenable tant que l'audience est militante et que les enquêtes tiennent ; ça devient un risque dès que la rédaction sort de sa zone de confort thématique.
Sources
- 1Pages institutionnelles de Vakita (À propos, Infos, mentions légales, offres d'abonnement), consultées le 2026-05-09.
- 2Interview de Hugo Clément à La Réclame et page À propos de Vakita.
- 3Mentions légales vakita.fr et fiche Pappers de Impact Infos Action Entraide (SIREN 917931255).
- 4L'Informé, La Réclame et Wikipedia FR sur la levée de 1,5 M€ de 2022 ; la famille Parisot, initialement omise de la collecte identité, a été confirmée par recoupement entre L'Informé, La Réclame et Yahoo Actualités.
- 5data.culture.gouv.fr (dataset aides à la presse) et culture.gouv.fr (tableaux des titres aidés) ; Vakita absent. Déclaration publique d'Hugo Clément (Puremédias, mars 2026).
- 6Pappers et societe.com pour les comptes 2022-2023 ; Puremédias (mars 2026) pour l'appel public aux abonnés.
- 7Chasse Passion, Purepeople (affaire Schraen) ; Le 28.tv et France 3 Centre-Val de Loire (affaire La Tanière).
- 8Audit interne croisé avec Puremédias (jan 2023), Europe 1 et Kessel Media (newsletter Hugo Clément) sur la plainte de Benjamin Tranchant.
- 9Puremédias (Ozap), mars 2026, sur la relaxe prononcée par le tribunal correctionnel de Fontainebleau.
- 10France 3 Centre-Val de Loire, 9 mars 2026, sur la condamnation du responsable zoologique pour harcèlement moral.
- 11Recherche directe sur conspiracywatch.info — aucun résultat pour Vakita.
- 12Analyse éditoriale interne Prisme sur 42 contenus (catalogue YouTube et pages publiques) et 12 contenus codés en détail. Accès aux versions complètes payantes non utilisé : l'analyse repose sur les descriptions YouTube, les pages gratuites et les bibliographies visibles publiquement.
- 13MBFC, NewsGuard, Fondation Descartes, Kantar/La Croix, Reuters/Oxford, Acrimed et AFP Factuel : Vakita non couvert ou non évalué.
- 14Pages institutionnelles vakita.fr, registre des adhérents CDJM, registre JTI/RSF.
- 15Blog Chasses éternelles, source partisane pro-chasse identifiée comme adversaire idéologique déclaré ; critiques utilisées avec caveat explicite.