Sciences Critiques
sciences-critiques.fr/Tl;dr
Sur quoi faire confiance
- Angle rare : regard critique sur les sciences en train de se faire, les conflits d'intérêts industriels, la place de la technique dans la société.
- Quelques enquêtes au long cours bien sourcées, avec des voix contradictoires et des chercheurs contactés directement.
- Aucune controverse judiciaire ni signalement par les organismes qui surveillent la désinformation.
Sur quoi faire attention
- Enquêtes rigoureuses et tribunes radicales publiées dans le même habillage. Rien n'indique au lecteur ce qu'il lit.
- Aucun garde-fou écrit : pas de charte, pas de page de corrections, pas de médiateur.
- Le modèle vit de dons de deux fondations aux montants non publiés, proches du même courant d'idées que la ligne éditoriale.
Comment lire Sciences Critiques
- Média de niche, lent, à lire pour comprendre les critiques savantes des technosciences. Pas un média d'actualité.
- À compléter par une source traitant les sciences sous un angle autre que la critique.
Identité
Sciences Critiques est une association loi 1901 fondée en 2013, dont le site est lancé en 2015. L'équipe tient entre un et deux salariés, entourés de quelques journalistes pigistes et de contributeurs extérieurs. Le site se présente comme le premier site d'information participatif dédié aux sciences, revendique un « slow journalism » et place en devise une phrase de Carl Sagan sur la science qui ne doit pas être laissée aux seuls scientifiques1.
Le projet naît d'un constat d'Anthony Laurent, son cofondateur : pas de média en France pour couvrir les sciences « en train de se faire », les controverses, les zones d'ombre. Treize ans plus tard, l'outlet publie environ trois articles par mois5, avec des textes longs, un ancrage revendiqué auprès du courant technocritique francophone et des invités réguliers issus de ce milieu intellectuel1. La direction que prend le média n'a pas bougé depuis l'origine : une revue en ligne d'analyse critique, plus qu'un site d'actualité.
Structure et financement
Le site n'a pas d'actionnaire : en tant qu'association, Sciences Critiques ne peut pas en avoir. Il ne vend pas d'abonnement, n'affiche pas de publicité, ne touche pas de subvention publique identifiable23. Il vit de dons libres versés par les lecteurs et de soutiens de deux fondations philanthropiques, la Fondation Charles Léopold Mayer et la Fondation Un Monde par Tous1. Les montants ne sont pas publiés, et l'association n'étant pas tenue de déposer ses comptes, aucun budget annuel ni chiffre d'affaires n'est accessible4.
L'enjeu n'est pas l'argent, c'est l'alignement. Les deux fondations qui soutiennent le site partagent le courant de pensée technocritique auquel la rédaction appartient déjà. On ne parle pas d'interférence — rien de tel n'est documenté — mais d'une convergence structurelle entre la ligne éditoriale et ses bailleurs, sur un modèle opaque où le lecteur n'a aucune façon de vérifier qui pèse combien. Le risque ici n'est pas la compromission, c'est l'absence de contre-pouvoir interne à la thèse que le média défend.
Historique et controverses
Aucune controverse judiciaire, aucune condamnation, aucune mise en demeure, aucun fact-check négatif. Les organismes qui surveillent la désinformation (Conspiracy Watch, Fondation Descartes, AFP Factuel) n'ont rien signalé. Media Bias/Fact Check et NewsGuard n'ont pas de fiche. Acrimed, qui scrute la presse critique, n'a pas écrit une ligne sur le site678910. Aucun article Wikipedia ne lui est consacré.
Ce vide s'explique par la taille : un site confidentiel, trois articles par mois, pas de portée nationale, pas de procès à déclencher. L'absence de controverses ne veut pas dire que tout est irréprochable, seulement que Sciences Critiques passe sous le radar des vigies habituelles. Le lecteur ne doit pas lire ce silence comme une validation : il doit le lire pour ce qu'il est, l'absence d'un signal négatif chez un média trop petit pour avoir été évalué.
Couverture et cadrage éditorial
Sciences Critiques se présente comme un média d'information et de réflexion critique, sans orientation politique affichée1. Dans les articles, la critique n'est pas un angle parmi d'autres : c'est la structure. L'industrie technologique, les institutions scientifiques et l'État y occupent quasi exclusivement la position d'objet examiné, rarement celle de voix qui s'exprime. Dans la majorité des articles, le cadrage critique est posé dès le titre ou l'attaque11. Dans les tribunes, des affirmations radicales sont présentées sans guillemets ni modalisateurs, comme « c'est l'ensemble de la science qui nous nuit » ou « le fondement de tous les fascismes est le crétinisme ».
Ce qui est couvert : la critique des logiques industrielles dans la recherche, les conflits d'intérêts science/industrie, la technocritique (IA, numérique, transhumanisme), l'écologie critique. Ce qui est absent : la politique intérieure, l'international, l'économie, la culture générale. Tout ce qui ne passe pas par le filtre « critique des technosciences » n'entre pas dans le site. Le biais n'est pas dissimulé, il est constitutif de l'offre : c'est un média de thèse, pas un média d'information généraliste.
Rigueur de l'information
Les enquêtes les plus ambitieuses tiennent la route : sur la biodynamie, sur le futur collisionneur du CERN, sur l'énergie osmotique, les journalistes contactent directement chercheurs et acteurs, mobilisent des voix contradictoires, croisent les sources. L'enquête CERN est d'ailleurs co-publiée avec un autre titre indépendant. Mais sur la moitié des articles d'enquête ou d'analyse, le sourçage reste mince, et dans deux tiers d'entre eux on trouve des jugements évaluatifs glissés dans la narration journalistique sans être attribués à quelqu'un : un projet qualifié de « climaticide », une technologie décrite comme « solution miracle » sans guillemets distincts11.
Le problème n'est pas que Sciences Critiques mente, c'est qu'il juge sans toujours le signaler. Quand un adjectif fort figure dans un article présenté comme une enquête, le lecteur peut le prendre pour un constat factuel établi. Sur un sujet technique où il n'a pas d'expertise propre, il n'a aucun moyen de faire la part entre ce qui est démontré et ce que le journal trouve démontrable. On n'est pas face à un média peu fiable, mais face à un média sérieux dont le filtrage entre fait et jugement n'est pas toujours fait pour lui.
Déontologie et correction
Pas de charte de rédaction1. Pas de médiateur, pas de page de corrections, pas de cellule de fact-checking, pas d'adhésion au Conseil de déontologie journalistique, pas de certification Journalism Trust Initiative12. Une « charte du commentateur » existe, mais elle encadre les échanges avec les lecteurs, pas le travail de la rédaction. Les journalistes relèvent de la convention collective de la presse et le site porte un agrément d'économie sociale et solidaire, ce qui ancre l'activité dans un cadre professionnel24. Aucun de ces éléments n'est un engagement public à corriger, à s'expliquer ou à se faire juger.
Concrètement, si vous trouvez une erreur dans un article de Sciences Critiques, il n'y a aucun circuit formel pour la signaler, aucune procédure pour la voir corrigée publiquement, aucune instance vers laquelle se tourner. La petite taille de la rédaction rend compréhensible l'absence de ces dispositifs, et aucun incident passé ne montre qu'ils aient manqué. Mais pour un média qui publie une thèse forte sur les sciences, l'absence de garde-fous signifie que la critique vient de l'extérieur ou ne vient pas du tout.
Sources
- 1Page « Qui sommes-nous » de Sciences Critiques — présentation, équipe, financeurs, valeurs.
- 2Mentions légales sciences-critiques.fr — CPPAP 0518-W-93089, directeur de publication.
- 3Culture.gouv.fr — tableaux des titres de presse aidés ; Sciences Critiques absent.
- 4Societe.com et Pappers — SIREN 813667086, forme associative, convention collective IDCC 1480, label ESS.
- 5Analyse interne Prisme — 51 articles du flux RSS sur 63 mois (janvier 2021 à avril 2026).
- 6Media Bias/Fact Check — recherche Sciences Critiques, aucune fiche.
- 7Conspiracy Watch — aucune notice.
- 8Fondation Descartes — aucune évaluation.
- 9Acrimed — aucun article mentionnant l'outlet.
- 10Journalism Trust Initiative — certification absente.
- 11Analyse interne Prisme — codage éditorial de 12 articles, avril 2026.
- 12CDJM (adhérents) et JTI (certifiés) — Sciences Critiques absent des deux registres.