Désinformation

Tl;dr

Sur quoi faire attention

  • Condamné plus de vingt fois en dix ans par la justice française pour incitation à la haine et négationnisme.
  • Affirmations factuelles et jugements mélangés sans distinction, presque aucune source propre.
  • Agrément presse retiré en 2022, exclu des grandes surfaces, des plateformes vidéo et des réseaux sociaux.

Sur quoi faire confiance

  • Sur rien. Rivarol ne pratique pas le journalisme : c'est un journal d'opinion militant qui assume sa ligne.
  • Le directeur revendique un « journalisme d'opposition » et l'étiquette de « mal-pensant ».

Comment lire Rivarol

  • Pas un média défaillant : une publication militante hors du cadre légal de la presse française, condamnée à répétition pour ce qu'elle publie.
  • À ne pas lire pour s'informer. À lire éventuellement pour comprendre comment se construit un discours négationniste contemporain.

Identité

Rivarol est un hebdomadaire fondé en 1951 par René Malliavin, ancien conseiller juridique d'une agence de presse collaborationniste. Le journal tire aujourd'hui environ 5 000 exemplaires, contre 50 000 en 1964, et se présente comme un titre d'« opposition nationale et européenne, nationaliste et catholique »1.

Le titre s'inscrit dès l'origine dans la presse pétainiste d'après-guerre. Paul Rassinier, l'un des premiers négationnistes français, y publie dès les années 1960. Camille Galic dirige la publication pendant 27 ans, puis cède ses parts en 2010 à Jérôme Bourbon, ancien pigiste du journal, qui rachète la totalité de la société grâce à une donation de ses parents2. Depuis, la trajectoire est celle d'un repli progressif : perte de l'agrément presse en 2022, exclusion des grandes enseignes, suppression des comptes Twitter et YouTube, condamnations en cascade en France et en Belgique.

Structure et financement

L'entreprise éditrice, les Éditions des Tuileries, appartient entièrement à Jérôme Bourbon. Il en est seul actionnaire, seul gérant, seul directeur de publication, et signe seize éditoriaux sur dix-sept dans la période analysée. Le journal vit des abonnements (60 à 300 € par an), de dons collectés via une « Association des Amis de Rivarol », et de quelques ventes au numéro. Il revendique l'absence de publicité et ne touche plus aucune aide publique depuis le retrait de l'agrément presse en 20223. Le chiffre d'affaires connu, environ 551 000 € en 2021, est la dernière donnée publique disponible4.

Aucun actionnaire extérieur ne peut donc influer sur la ligne, mais c'est précisément l'inverse du problème habituel. Le pouvoir éditorial, financier et juridique repose sur une seule personne, qui est aussi l'auteur quasi-unique des éditoriaux. Aucun comité, aucune société des journalistes, aucun contrepoids interne n'existe dans une équipe de trois à cinq salariés. Le journal dépend financièrement d'une base militante qui paie pour lire ce qu'elle pense déjà : un modèle captif, fragile, et structurellement sans contre-pouvoir.

Historique et controverses

Le dossier judiciaire est exceptionnel par son volume. Jérôme Bourbon cumule plus de vingt condamnations définitives entre 2013 et 2024 pour incitation à la haine raciale, contestation de crime contre l'humanité et injures, auxquelles s'ajoutent les condamnations antérieures de Camille Galic et René Malliavin5. En décembre 2021, Bourbon est condamné à 8 000 € d'amende pour avoir affirmé dans une vidéo que « le gouvernement de Pétain a toujours combattu toute persécution des Juifs français »6. En mai 2024, il écope de trois mois de prison ferme et de plusieurs amendes totalisant environ 43 000 € pour des propos antisémites et négationnistes7. Deux nouvelles plaintes de l'Observatoire Juif de France ont été déposées en 2025, dont l'instruction est en cours8.

Le pattern est ancien et prévisible : les condamnations portent sur le contenu publié, jamais sur des manquements administratifs. La justice française a retiré l'agrément presse en 2022, décision confirmée en appel en novembre 2025 au motif que l'hebdomadaire ne répond pas à la condition d'intérêt général9. La justice belge a condamné le journal en 2025 pour avoir détourné les images de Tintin et de Martine, avec une astreinte de 50 000 € par violation10. Quand on lit Rivarol, on lit un texte qui, dans plus d'un cas par an, a été ou sera tenu pour illégal par un tribunal.

Couverture et cadrage éditorial

Rivarol revendique « combattre le bourrage de crâne, la désinformation et l'establishment socio-politique » et défendre « la civilisation occidentale et l'héritage gréco-chrétien »1. L'analyse des éditoriaux des quatre premiers mois 2026 montre autre chose. Un vocabulaire d'extrême droite revient dans la moitié des textes : « américano-sioniste » dans huit éditoriaux sur seize, « Entité sioniste », « le Système » pour désigner l'ordre politique, « invasion » pour l'immigration, « judéo-sioniste » ou « franc-maçon » accolés à des noms propres. Ces formulations ne sont pas circonstancielles, elles constituent le registre lexical interne du journal11.

L'agenda thématique est concentré à l'extrême. Sur seize numéros, huit éditoriaux portent sur le conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran, lu à travers la même grille. Quatre traitent de la « répression de l'antisionisme » et requalifient les poursuites pour négationnisme en atteinte à la liberté d'expression. La guerre en Ukraine est absente sur toute la période. Le climat, la santé, les services publics, la culture : absents. Aucune voix palestinienne, iranienne ou contradictoire n'est citée comme source propre. Le journal ne couvre pas l'actualité, il la filtre à travers une grille identitaire qui exclut tout ce qui ne la nourrit pas11.

Rigueur de l'information

Aucun évaluateur grand public (NewsGuard, MBFC, Fondation Descartes) n'évalue Rivarol, ce qui s'explique par sa taille de niche. Conspiracy Watch lui consacre en revanche une notice détaillée qui documente la ligne négationniste depuis Paul Rassinier en 1964 jusqu'aux unes récentes12. L'analyse interne confirme une rigueur défaillante sur tous les axes : aucune source contactée directement par le journaliste sur les douze articles examinés, aucune séparation entre information et commentaire, des jugements glissés dans des textes étiquetés « Éditorial » ou « Billet hebdomadaire » sans avertissement de format. Des affirmations comme « les États-Unis sont une colonie juive » ou « les sionistes envisageaient d'envahir » sont posées comme des faits, sans attribution et sans contradiction13.

Ce qui en résulte n'est pas un média qui se trompe parfois : c'est une publication qui ne s'astreint à aucun des protocoles permettant de produire de l'information vérifiable. Le lecteur ne peut, à la lecture, distinguer ce qui est documenté de ce qui est inventé ou requalifié. La justice s'en est chargée plus de vingt fois en dix ans, ce qui constitue une forme externe de fact-checking par défaut. On n'est pas face à un média sérieux qui aurait des angles morts, on est face à une publication qui revendique son refus du cadre journalistique.

Déontologie et correction

Rivarol ne dispose d'aucun garde-fou éditorial. Pas de charte, pas de médiateur, pas de page corrections, pas d'unité de fact-checking, pas de société des journalistes, pas de comité éditorial, aucune adhésion à un dispositif de transparence (CDJM, JTI). Les fonctions de gérance, direction de publication et rédaction sont exercées par la même personne3. Aucune carte de presse ne peut être confirmée pour le directeur dans les sources publiques.

Concrètement, si un texte de Rivarol vous met en cause à tort, il n'existe aucun interlocuteur interne à saisir : pas de médiateur, pas de comité, pas de procédure de correction publique. La seule voie de recours est judiciaire, ce qu'attestent les procédures à répétition. La structure même du journal exclut toute correction interne : quand l'auteur, le directeur, l'éditeur et le propriétaire sont la même personne, il n'y a personne pour dire qu'une publication est problématique avant qu'un tribunal ne le fasse.

Sources

  1. 1Site Rivarol — page d'accueil et page historique (auto-présentation, ligne éditoriale déclarée, abonnements). https://rivarol.com/ et https://rivarol.com/content/7-historique
  2. 2Wikipedia FR — Rivarol (hebdomadaire) et Jérôme Bourbon : historique, propriété, donation parentale. https://fr.wikipedia.org/wiki/Rivarol_(hebdomadaire)
  3. 3Pappers et societe.com — Éditions des Tuileries (SIREN 582013082) : forme juridique, capital, dirigeant, effectifs. https://www.pappers.fr/entreprise/editions-des-tuileries-582013082
  4. 4Pappers — chiffre d'affaires 2021 (551 000 €) et résultat net 2021. Aucune donnée 2022-2024 publique. Donnée single-source, non confirmée par societe.com (NC).
  5. 5Wikipedia FR — synthèse historique des condamnations de Malliavin (1956-1966), Wacquez (1993-1994) et Bourbon (2008-2024).
  6. 6Franceinfo et France 24 — condamnation de Jérôme Bourbon le 10 décembre 2021 pour contestation de crime contre l'humanité (vidéo Pétain). https://www.franceinfo.fr/societe/justice/le-directeur-du-journal-d-extreme-droite-rivarol-de-nouveau-condamne-pour-negationnisme_4876771.html
  7. 7Observatoire Juif de France — condamnation du 21 mai 2024 : 3 mois de prison ferme + révocation d'un sursis antérieur + amendes. Source émanant d'une organisation représentative de la communauté juive française, partie prenante dans le contentieux avec Rivarol. Le total des amendes prononcées ce jour-là est estimé à environ 43 000 €. https://ojdf.org/2024/06/proces-de-jerome-bourbon-la-sentence-est-tombee/
  8. 8Observatoire Juif de France — plaintes avec constitution de partie civile déposées en juillet et août 2025 (procédures en cours, non encore jugées). Caveat partie prenante identique au [^7].
  9. 9Europe 1, LADN, Wikipedia — retrait de l'agrément CPPAP le 4 mai 2022, confirmé par le tribunal administratif de Paris (22 mars 2024) puis par la Cour administrative d'appel de Paris (21 novembre 2025). https://www.europe1.fr/medias-tele/lhebdomadaire-dextreme-droite-rivarol-naura-plus-le-droit-aux-aides-de-la-presse-4114001
  10. 10RTBF, L'Avenir — condamnations belges Casterman/Martine (28 mai 2025) et Fondation Hergé/Tintin (8 octobre 2025), avec astreinte de 50 000 € par violation. https://www.rtbf.be/article/la-justice-donne-raison-aux-editions-casterman-l-extreme-droite-ne-peut-pas-utiliser-l-image-de-martine-11560570
  11. 11Analyse éditoriale interne Prisme (Pass 1 + Pass 2 sur 17 numéros et 12 articles, janvier-avril 2026). Analyse réalisée à partir des seuls extraits accessibles sans abonnement (Rivarol ne publie aucun article en accès libre) ; les chiffres portent sur les éditoriaux et billets visibles sur les pages produit du site.
  12. 12Conspiracy Watch — notice complète sur Rivarol : ligne éditoriale, incidents, condamnations. Observatoire spécialisé avec perspective éditoriale anti-complotisme. https://www.conspiracywatch.info/notice/rivarol
  13. 13Analyse éditoriale interne Prisme (Pass 2). Sur 12 articles codés : 0 source propre, 0/12 séparation information/opinion, 2 à 5 jugements non attribués par article. Voir caveat [^11] sur l'accès au corpus.