Reporterre
reporterre.net/Tl;dr
Sur quoi faire confiance
- Les enquêtes à ancrage judiciaire ou environnemental mobilisent plusieurs sources nommées et des documents vérifiables.
- Financement à 98 % par les dons des lecteurs, sans publicité ni actionnaire : aucune interférence éditoriale externe documentée.
- La ligne est transparente : Reporterre assume son engagement écologiste, ce qui permet de situer immédiatement ce qu'on lit.
Sur quoi faire attention
- Les articles d'opinion ne sont pas identifiés comme tels : un éditorial se présente dans le flux comme n'importe quel article d'information.
- Les entreprises et responsables mis en cause ne sont pas toujours sollicités pour répondre.
- Le média a relayé par le passé des informations erronées, corrigées ensuite mais sans dispositif structuré.
Comment lire Reporterre
- Lisez-le pour les alertes environnementales et les enquêtes de terrain, pas pour une vue d'ensemble de l'actualité.
- Sur les mises en cause d'entreprises, croisez avec un média qui donne la parole à la partie adverse.
Identité
Reporterre est un média en ligne gratuit consacré à l'écologie, fondé en 2007 par Hervé Kempf. Il emploie une trentaine de permanents dont 24 journalistes encartés, publie environ cinq articles par jour et revendique plus de 32 millions de visites annuelles2.
Le site est né comme un blog personnel, avant de se structurer en association en 2012 et de se professionnaliser en 2013, quand Kempf a quitté Le Monde après le blocage d'une enquête. Pendant vingt ans, Kempf a concentré la direction éditoriale seul. En avril 2025, Amélie Mougey, ancienne rédactrice en chef de La Revue Dessinée, lui a succédé à la tête de la rédaction7.
Structure et financement
Reporterre est édité par La Pile, une association loi 1901 sans actionnaire. Le média refuse la publicité, le brand content et les subventions publiques. Ses recettes proviennent à 98 % des dons de ses lecteurs, pour un budget annuel d'environ 3,5 millions d'euros en 20242. Les 2 % restants viennent de droits de reproduction et d'une collection de livres publiée avec le Seuil8.
Ce modèle offre une protection structurelle rare contre les pressions extérieures : pas d'annonceur à ménager, pas d'actionnaire dont les intérêts pourraient interférer. Le revers est une dépendance forte à une base de donateurs écologistes convaincus, ce qui crée une pression économique à conforter les attentes de ce lectorat. Ce risque reste théorique, aucun épisode concret ne le documentant, mais la structure le rend possible9.
Historique et controverses
En 2018, Reporterre a diffusé une fausse information sur un blessé grave lors de l'évacuation de la faculté de Tolbiac, basée sur des témoignages qui se sont révélés faux. Le média a publié une mise au point reconnaissant l'erreur6. Un an plus tôt, une tribune antivaccin de l'eurodéputée Michèle Rivasi avait été publiée puis dépubliée après un fact-check des Décodeurs du Monde10. Avant 2014, le site avait hébergé des contenus issus du groupe conspirationniste ReOpen911, relevant d'une période que Reporterre qualifie lui-même de préprofessionnelle11.
Ces épisodes dessinent un point faible récurrent : un filtre éditorial insuffisant sur les contenus tiers et les témoignages non vérifiés. Reporterre n'a en revanche jamais été condamné en justice et ses journalistes ont été systématiquement relaxés ou victorieux dans les poursuites liées à leurs reportages12. Le schéma est celui d'un média dont les erreurs viennent de la précipitation, pas de la mauvaise foi.
Couverture et cadrage éditorial
Reporterre se présente comme le média de l'écologie et revendique une empathie avec les mouvements écologistes et alternatifs3. L'analyse du flux éditorial confirme cette ligne sans écart : la totalité des articles couvre l'environnement ou ses ramifications, et aucun sujet hors cadre écologique n'apparaît4.
Le cadrage va au-delà du choix thématique. Les acteurs économiques et politiques apparaissent quasi exclusivement comme objets de mise en cause. Les sources citées proviennent du côté associatif, scientifique indépendant ou judiciaire, tandis que la réponse des parties visées reste absente ou invisible5. Le vocabulaire renforce cette orientation : des termes comme « superprofits », « écocide » ou « délire d'enfants gâtés » relèvent d'un registre de dénonciation qui dépasse le factuel13. Cette asymétrie est cohérente avec la ligne annoncée, mais elle produit une couverture à sens unique dont le lecteur doit être conscient.
Rigueur de l'information
Reporterre n'est évalué par aucun grand référentiel de fiabilité, et n'a jamais été identifié comme source de désinformation par les fact-checkers14. Sur les pièces d'investigation, le sourçage est solide : documents judiciaires, analyses scientifiques, partenariats avec Disclose ou France 31. Sur les articles de rebond, le sourçage se réduit souvent à une seule source institutionnelle sans contre-point.
Le vrai problème n'est pas le mensonge mais l'absence de garde-fous formels. Sans labellisation des formats, un éditorial chargé de jugements non sourcés côtoie une enquête rigoureuse dans le même flux, sans que rien ne les distingue4. Pour un média qui publie cinq articles par jour avec un budget de 3,5 millions d'euros, cette lacune est un choix, pas une contrainte. Le résultat : un sourçage qui varie fortement d'un article à l'autre, et un lecteur qui doit faire le tri lui-même.
Déontologie et correction
Reporterre ne dispose ni de charte déontologique propre, ni de médiateur, ni de page de corrections, ni de cellule de vérification. Il a co-signé en 2022 une charte collective pour un journalisme à la hauteur de l'urgence écologique, mais ce texte est un engagement de principe, pas un dispositif interne15. Aucune société des journalistes ni comité éditorial documenté ne vient contrebalancer la direction.
Concrètement, quand une erreur survient, Reporterre publie un article de mise au point, comme après Tolbiac. Mais sans page de corrections structurée, ces rectifications sont difficiles à retrouver et ne laissent pas de trace systématique. Pour un lecteur qui tombe sur un article erroné, rien ne signale que l'information a été corrigée ailleurs6.
Sources
- 1Analyse éditoriale Prisme, avril 2026 — enquête Orano mobilisant quatre sources nommées dont la CRIIRAD ; article PFAS croisant trois sources et l'investigation Disclose/France 3
- 2FAQ officielle Reporterre — structure, financement, équipe (données mai 2025)
- 3Présentation éditoriale Reporterre — empathie revendiquée avec les mouvements écologistes, altermondialistes et alternatifs
- 4Analyse éditoriale Prisme — taux de labellisation des formats de 1/10 articles codés ; concentration thématique totale sur l'écologie
- 5Analyse éditoriale Prisme — réponse des parties mises en cause absente ou invisible dans les extraits accessibles
- 6Article de mise au point Reporterre sur l'affaire Tolbiac (avril 2018) ; couverture Franceinfo, JDD
- 7Wikipedia Hervé Kempf ; article Reporterre sur la nomination d'Amélie Mougey (avril 2025)
- 8Fiche Ecolopedia — droits de reproduction et collection de livres avec le Seuil
- 9Évaluation Prisme — risque structurel de biais de confirmation lié au modèle de financement par dons
- 10Tribune Michèle Rivasi publiée puis dépubliée par Reporterre (juillet 2017) ; fact-check Les Décodeurs du Monde
- 11Conspiracy Watch — contenus ReOpen911 hébergés par Reporterre avant 2014
- 12Relaxe de Grégoire Souchay (tribunal de Rodez, juin 2023) ; victoire de Kokabi (tribunal de Melun, novembre 2023)
- 13Analyse éditoriale Prisme — vocabulaire connoté dans 14/33 titres du flux RSS
- 14Recherche AFP Factuel, MBFC, NewsGuard — aucune évaluation ni signalement trouvé
- 15Charte pour un journalisme à la hauteur de l'urgence écologique (septembre 2022) — engagement collectif co-signé par Reporterre