Les Jours
lesjours.frTl;dr
Sur quoi faire confiance
- Dix ans d'enquêtes frontales sur des sujets sensibles, aucune condamnation judiciaire, aucun fact-check défavorable : le bilan parle pour lui.
- Détenu à 74 % par ses journalistes fondateurs, financé exclusivement par les abonnés, sans publicité ni brand content : l'indépendance est structurelle, pas déclarative.
- Prix Albert-Londres, Louise-Weiss, Anticor : la reconnaissance par les pairs confirme une rigueur que le paywall empêche de mesurer directement.
Sur quoi faire attention
- La couverture est volontairement étroite : extrême droite, empire Bolloré, politique américaine. L'économie, l'environnement et la science n'existent pas dans les séries actives.
- Titres et introductions contiennent régulièrement des jugements non attribués. Le registre militant n'est jamais identifié comme tel.
- Le positionnement progressiste est réel mais non revendiqué — ce qui rend le cadrage moins lisible que chez un média qui l'assume.
Comment lire Les Jours
- Lisez-le pour ses enquêtes longues sur ses cibles, pas pour une couverture généraliste.
- Sur Bolloré et l'extrême droite, croisez avec un angle différent : les faits tiennent, le cadrage oriente.
Identité
Les Jours est un média d'enquête en ligne fondé en 2016 par neuf anciens journalistes de Libération. Il traite l'actualité en séries longues appelées « obsessions », chaque sujet se déployant sur des dizaines d'épisodes.
Le projet naît du plan social de Libération en 2014 : les fondateurs utilisent leurs indemnités de départ pour créer un modèle alternatif, entièrement sur abonnement, sans publicité. Dix ans plus tard, le média reste une petite structure de vingt à cinquante salariés, avec un pic à treize mille abonnés en 2021 suivi d'un déclin7.
Structure et financement
Les neuf cofondateurs détiennent environ 74 % du capital2. Le reste se répartit entre des lecteurs-actionnaires regroupés dans une structure participative et des investisseurs minoritaires entrés en 2016, dont Xavier Niel et Matthieu Pigasse, qui ne siègent pas au conseil d'administration8. Les revenus proviennent exclusivement des abonnements. Les Jours ont reçu 255 000 euros de subventions publiques sur la période 2021-20229 ; les données postérieures ne sont pas documentées dans les sources publiques accessibles.
Ce modèle rend Les Jours structurellement indépendant de la pression publicitaire et actionnariale. Le risque est ailleurs : la dépendance à une base d'abonnés en baisse. Une érosion prolongée pourrait fragiliser le modèle sans qu'aucun annonceur n'ait jamais eu de prise sur le contenu7.
Historique et controverses
En dix ans d'existence, les seuls incidents documentés concernent la liberté de reportage à l'étranger : un cofondateur a été arrêté puis expulsé de Turquie à deux reprises en 2016 et 2017 pour avoir couvert les purges post-putsch10. L'entrée de Niel et Pigasse au capital en 2016 a suscité un questionnement public sur la cohérence avec le discours d'indépendance, mais aucune interférence éditoriale n'a été documentée depuis8.
L'absence de controverse éditoriale ou judiciaire après plus de 247 épisodes d'enquête sur Bolloré est un signal fort1. Le média produit un journalisme d'investigation confrontationnel sans que ses cibles n'aient obtenu gain de cause, ce qui rend son bilan judiciaire d'autant plus significatif.
Couverture et cadrage éditorial
Les Jours se présentent comme un média « indépendant » pratiquant un « journalisme au long cours ». En pratique, la couverture se concentre sur un nombre restreint de cibles : l'empire Bolloré, l'extrême droite française, la politique américaine sous Trump, la Hongrie d'Orbán4. L'économie hors médias, l'environnement, la science et le sport n'ont aucune série active.
Le registre éditorial va au-delà du constat : les titres qualifient Trump de « fou », les dirigeants Bolloré de « Bolloboys », les commentaires de CNews de « délinquance audiovisuelle »5. Ce vocabulaire n'est pas accidentel mais constitutif du style du média. Les Jours font un journalisme de cibles, pas un journalisme généraliste, et cette sélectivité informe le lecteur autant qu'elle le cadre.
Rigueur de l'information
Aucun évaluateur indépendant majeur n'a noté Les Jours, en raison de sa taille11. Les signaux indirects convergent favorablement : zéro condamnation, zéro fact-check défavorable, prix Albert-Londres décerné à une enquête née dans le média3. Les enquêtes visibles exposent des témoignages directs, des documents publics croisés et des données institutionnelles12.
La limite se situe dans la frontière entre enquête et analyse. Seuls cinq articles sur douze portent un label de format visible, et neuf sur douze contiennent au moins un jugement non attribué dans leur introduction5. Le média ne manque pas de rigueur factuelle, mais il manque de signalétique : le lecteur doit lui-même distinguer ce qui relève du fait vérifié et ce qui relève de l'interprétation du journaliste.
Déontologie et correction
Les Jours disposent d'une charte éditoriale publique qui formalise le refus de publicité, la transparence financière et l'adhésion aux principes de la Charte de Munich13. Le média est membre du syndicat des éditeurs de presse indépendants en ligne. Il n'a ni médiateur, ni page de corrections, ni certification de type JTI14.
En cas d'erreur, aucun mécanisme visible ne permet au lecteur de signaler un problème ou de suivre une correction. Aucune défaillance de correction n'a été documentée à ce jour, mais l'absence de dispositif formel signifie que la confiance repose entièrement sur la bonne volonté de la rédaction14.
Sources
- 1Recherche track-record : zéro condamnation, zéro droit de réponse, zéro fact-check défavorable identifié après 21 requêtes et 9 évaluateurs consultés.
- 2Page auto-présentation Les Jours et données registre (societe.com). La part des cofondateurs était de 89 % en 2016, réduite à environ 74 % après dilutions successives.
- 3Prix Albert-Londres 2017 (David Thomson, « Les revenants »), prix Louise-Weiss 2019, prix Anticor éthique, prix Christophe-de-Ponfilly.
- 4Analyse éditoriale Prisme : cartographie des obsessions actives, environ 200 épisodes inventoriés (avril 2026).
- 5Analyse éditoriale Prisme : codage de 12 articles, introductions accessibles uniquement (paywall intégral).
- 6Auto-présentation Les Jours (aucune orientation revendiquée) confrontée à l'analyse éditoriale (sélection thématique, word choice, composition de l'équipe).
- 7Wikipedia Les Jours ; INA La Revue des médias (2020) ; societe.com (effectifs).
- 8Arrêt sur images, mind Media, Stratégies, PureMédias (avril 2016) ; auto-déclaration Les Jours sur la non-présence au CA.
- 9Acrimed, « Aides à la presse 2022 : le gâteau pour les grands » (montant SPTEL 2021-2022 confirmé par l'audit). Données 2023-2024 non disponibles dans les sources publiques.
- 10Fédération européenne des journalistes, Arrêt sur images, récit de Les Jours (novembre 2016, avril 2017).
- 11MBFC, NewsGuard, Fondation Descartes, Kantar/La Croix, Reuters/Oxford : aucun n'inclut Les Jours dans ses évaluations.
- 12Analyse éditoriale Prisme : sourcing visible dans les introductions des enquêtes (témoignages nommés ou anonymisés avec justification, documents publics, données OCDE).
- 13Charte des Jours, accessible à lesjours.fr/les-jours-c-quoi/charte-les-jours (vérifiée par l'audit).
- 14Recherche identité : absence confirmée de médiateur, page de corrections, certification JTI, adhésion CDJM.