Presse certifiée

Tl;dr

Sur quoi faire confiance

  • Enquêtes longues et sourcées sur des sujets peu couverts : pollutions industrielles, ventes d'armes, surveillance, violences policières.
  • Indépendance rare : pas d'actionnaire, pas de publicité, pas un euro de l'État.
  • Historique de résistance aux pressions judiciaires, sans rétractation ni auto-censure documentées.

Sur quoi faire attention

  • Ton accusatoire dès le titre, y compris dans des articles présentés comme enquête neutre. Jugements fréquents, pas toujours attribués à une source.
  • Aucun dispositif de correction, pas de médiateur, pas de page d'errata. Une erreur peut passer sans obligation de visibilité.
  • Un tiers des recettes vient de fondations philanthropiques étrangères dont les priorités recoupent la ligne éditoriale.

Comment lire Disclose

  • Média d'enquête de niche, pas d'actualité. Zéro politique intérieure, économie, culture. À lire en complément, jamais seul.
  • Fiable sur les dossiers travaillés en profondeur. Le registre militant demande un lecteur qui distingue le fait démontré de la formulation à charge.

Identité

Disclose est une association à but non lucratif fondée fin 2018 par deux journalistes d'investigation, Mathias Destal et Geoffrey Livolsi. Quatre permanents, une quinzaine de collaborateurs indépendants, accès intégralement gratuit, publication par vagues thématiques plutôt qu'en flux continu12.

Le projet a été pensé sur le modèle de ProPublica aux États-Unis et Correctiv en Allemagne : une ONG journalistique qui vit de dons et de philanthropie, produit des enquêtes coûteuses, et les diffuse gratuitement ou en partenariat avec d'autres médias. Disclose a bâti sa réputation sur quelques dossiers retentissants, notamment les ventes d'armes françaises au Yémen en 2019 et l'opération Sirli en Égypte en 2021, qui ont placé ses journalistes sous procédure judiciaire pendant plusieurs années13.

Structure et financement

Disclose est juridiquement une association loi 1901. Pas d'actionnaire, pas de capital, pas de dividende : toutes les recettes sont réinjectées dans les enquêtes. Le média refuse la publicité, les abonnements, les subventions d'État et les dons de fondations d'entreprises14. En 2023, les recettes se répartissaient entre dons individuels (52,5 %), fondations philanthropiques (37,6 %) et autres produits (9,8 %) ; les fondations philanthropiques étaient Open Society, Luminate et Adessium42.

Cette structure ferme presque tous les leviers classiques d'influence : pas de propriétaire à satisfaire, pas d'annonceur à ménager, pas de relation de dépendance avec l'État. Le point de vigilance n'est plus l'argent, il est ailleurs : un tiers des recettes provient de fondations philanthropiques dont le mandat (journalisme d'investigation, transparence, droits humains) converge avec la ligne éditoriale, ce qui peut orienter la sélection des sujets sans qu'aucune interférence directe ne soit documentée. Le bascule entre 2022 et 2023 (dons individuels devenus majoritaires) réduit mécaniquement ce risque. Le modèle est structurellement indépendant, à condition que le lecteur garde en tête d'où vient une part de l'argent.

Historique et controverses

Six ans d'existence, deux grosses affaires judiciaires, une erreur factuelle corrigée le jour même. L'affaire Yémen (2019) a valu à Disclose une convocation des cofondateurs par la DGSI pour compromission du secret de la défense, classée sans poursuites en janvier 2020 mais assortie d'une lettre du parquet affirmant que « l'infraction est constituée », qu'Amnesty International a qualifiée d'« épée de Damoclès »5. L'affaire Egypt Papers (2021) a conduit à une garde à vue de 39 heures d'Ariane Lavrilleux en 2023, une convocation en 2025, un non-lieu en octobre 2025 reconnaissant l'intérêt public des révélations, puis un appel du parquet général toujours en cours67. En décembre 2025, Thales a déposé une plainte en diffamation contre le média après une enquête sur les livraisons de composants à Elbit Systems ; la procédure est en cours8.

Le pattern est clair : Disclose attire des procédures d'État ou de grandes entreprises sur ses sujets-phares, et les traverse sans condamnation ni rétractation. Aucune de ces procédures n'a conclu à de la désinformation. La seule erreur factuelle documentée — un cargo saoudien au port de Marseille annoncé comme chargeant des munitions en mai 2019, démenti le soir même9 — a été corrigée rapidement mais via Twitter, hors de tout dispositif structuré. Les risques pour le lecteur sont prévisibles : ils ne viennent pas d'une fragilité factuelle, ils viennent de ce que Disclose publie parfois avant que toutes les pièces ne soient disponibles.

Couverture et cadrage éditorial

Disclose se présente comme un média qui « expose les dérives de l'État et des multinationales » et revendique un journalisme sans opinion ni tribune2. L'analyse confirme la première partie, nuance la seconde. Sur quarante articles observés, aucun ne relève de la politique intérieure, de l'économie, de la culture, du sport ou de l'immigration. La couverture se concentre sur quatre terrains : crimes environnementaux, violences sexuelles, droits humains, surveillance et sécurité publique10.

Le cadrage est plus charge qu'investigation neutre. Les titres reposent presque systématiquement sur un verbe d'action négatif : épandent, profite, traque, accable. Les acteurs visés par l'enquête (police, Decathlon, Interpol, IKEA, ArcelorMittal) sont cadrés comme agents actifs d'une violation, pas comme régulateurs défaillants. Sur les douze articles analysés en profondeur, tous contiennent au moins un jugement évaluatif non attribué à une source — formulations comme « bombe sanitaire et environnementale » ou « machine à cash » qui appartiennent à la voix du journaliste plutôt qu'à celle d'un expert cité10. Le média ne publie pas d'opinion dans une rubrique dédiée, mais il en glisse dans des articles présentés comme de l'enquête pure : l'asymétrie est là.

Rigueur de l'information

Disclose n'est répertorié ni par MBFC, NewsGuard, la Fondation Descartes ni par le JTI, ce qui reflète sa taille et non une alerte : l'outlet est trop petit et trop jeune pour figurer dans ces bases11. En interne, le sourçage est solide sur les enquêtes longues : 67 % des articles observés mobilisent au moins trois sources propres, avec jusqu'à neuf sources identifiées sur les dossiers PFAS10. Le label « Enquête » est appliqué de manière cohérente dans dix cas sur douze. Le média est partenaire régulier de Mediapart, The Guardian, BBC, The Intercept, Bellingcat — des rédactions qui ne s'associent pas à n'importe qui.

Le problème n'est pas la fiabilité des faits, c'est ce qui se passe quand un fait est fragile. Disclose n'a pas de cellule de fact-checking, pas de page de corrections, pas de médiateur. Un article de synthèse comme celui sur Decathlon s'appuie sur une seule source propre10 ; quand le média se saisit lui-même d'un dossier — saisine de la CEDH sur le Yémen — il est à la fois auteur, plaignant et source principale sans qu'un label distingue ce format10. On n'est pas face à un média peu fiable, on est face à un média sérieux dont certains garde-fous manquent.

Déontologie et correction

Disclose a une charte éthique publique, accessible depuis le pied de page, qui engage sur la rigueur factuelle, la protection des sources et le refus de la publicité et de l'opinion12. Un conseil de surveillance de cinq membres peut escalader en interne en cas de manquement à l'indépendance. En revanche, il n'existe pas de société des journalistes, pas de médiateur, pas de page de corrections publique, pas d'adhésion au CDJM ni de certification JTI1.

Concrètement, si une erreur apparaît dans un article de Disclose, il n'y a aucun canal standard pour la signaler et rien n'oblige le média à la rendre visible au même endroit que l'information originale. La correction du cargo Bahri Tabuk en 2019 s'est faite par tweet. Le conseil de surveillance joue un rôle de garde-fou structurel contre les pressions externes, pas de dispositif de réparation pour le lecteur. Les contre-pouvoirs internes protègent l'indépendance, pas l'exactitude au jour le jour.

Sources

  1. 1Page équipe et mentions Disclose, https://disclose.ngo/en/page/team
  2. 2Rapport d'impact 2023 de Disclose (PDF officiel, 28 pages)
  3. 3Portrait GIJN, Global Investigative Journalism Network
  4. 4Fiche Pappers (SIREN 812084184) et rapport d'impact 2023
  5. 5Amnesty International France — classement sans poursuites du 22 janvier 2020
  6. 6Wikipedia — Ariane Lavrilleux, chronologie complète des procédures
  7. 7Media Defence — analyse du non-lieu et de l'appel du parquet général (octobre 2025)
  8. 8SNJ — communiqué sur la plainte en diffamation de Thales (décembre 2025)
  9. 9Europe 1 et Arrêt sur images — cargo Bahri Tabuk, mai 2019
  10. 10Analyse éditoriale Prisme — 40 articles (Pass 1, flux RSS) et 12 articles codés en profondeur (Pass 2)
  11. 11Bases MBFC, NewsGuard, Fondation Descartes, JTI — Disclose non évalué, absence cohérente avec la taille de l'outlet
  12. 12Charte éthique de Disclose, https://disclose.ngo/fr/page/ethics