Bon Pote
bonpote.comTl;dr
Sur quoi faire confiance
- Les enquêtes signées Thibaut Schepman : sources propres multiples, vrai travail de reportage. C'est le format le plus fiable du site.
- Sur l'écologie et le climat, les articles de vulgarisation sont souvent co-construits avec des chercheurs reconnus.
- Indépendance structurelle rare : pas d'actionnaire, pas de publicité, pas de subvention — personne ne peut faire pression de l'extérieur.
Sur quoi faire attention
- Sur les sujets politiques et électoraux, le cadrage est systématiquement anti-droite, sans voix contradictoire intégrée.
- Enquêtes, analyses et tribunes militantes circulent sous le même habillage, sans marquage de genre distinct.
- Le militantisme anticapitaliste est revendiqué. Lisez-le comme un média d'opinion engagé, pas comme un organe de neutralité.
Comment lire Bon Pote
- Distinguez les enquêtes signées des articles de synthèse qui relaient des rapports sans apport propre.
- Sur les municipales et la politique, croisez avec une source qui intègre la voix des acteurs critiqués.
Identité
Bon Pote est un média en ligne créé en 2018 par Thomas Wagner, ancien cadre bancaire reconverti dans la vulgarisation climatique. L'équipe compte aujourd'hui quatre salariés, dont deux journalistes, pour un rythme d'un article tous les deux jours environ3.
Le site a longtemps été un blog tenu en parallèle d'une activité en finance, avant de basculer à plein temps après la pandémie de 2020. En 2025, Bon Pote franchit deux seuils qui changent sa nature : obtention d'un numéro CPPAP le 4 juillet, lui donnant officiellement le statut de service de presse en ligne, et formalisation d'une ligne éditoriale explicitement anticapitaliste autour de trois piliers — écologie, numérique, démocratie26. Le média bascule ainsi d'un projet personnel à une petite rédaction structurée, tout en assumant un positionnement militant que ses lecteurs historiques n'attendaient pas forcément.
Structure et financement
Thomas Wagner détient seul BP MEDIA, la société qui édite Bon Pote, via une SARL unipersonnelle au capital de 1 000 euros3. Il n'y a aucun actionnaire tiers, aucune holding, aucun investisseur externe. Le média vit entièrement des dons de ses lecteurs, collectés par Donorbox et Tipeee, sans publicité, sans partenariat commercial, sans abonnement payant et sans subvention publique identifiée à ce jour — la reconnaissance CPPAP ouvre cette porte mais aucune aide n'a été confirmée7.
C'est le verdict structurel le moins ambigu du dossier : personne ne peut faire pression sur la rédaction depuis l'extérieur, parce qu'il n'y a personne. La fragilité est ailleurs. Avec un fondateur qui cumule la propriété, la direction de publication et la rédaction en chef, et sans comité éditorial ni société des journalistes, tout repose sur une seule personne. Le modèle 100 % dons crée aussi une dépendance indirecte à la base donatrice, qui pousse mécaniquement le média vers la ligne que cette base attend. Le risque ne vient pas d'un actionnaire, il vient du public qui paie.
Historique et controverses
Aucune condamnation judiciaire, aucune mise en demeure aboutie. Les épisodes marquants tournent autour du traitement éditorial. En novembre 2025, une enquête sur le label Planet-Score vaut à la rédaction une lettre d'avocat ; le droit de réponse est publié, l'enquête maintenue, et Valérie Masson-Delmotte apporte publiquement son soutien8. En mars 2026, Bon Pote publie avec Libération, Mediapart, Street Press et Les Jours une liste de candidats aux municipales qualifiés de "brebis galeuses", dont 61 % appartiennent au RN — la démarche est assumée comme politique, et le terme lui-même est reconnu comme problématique dans l'article1. Un accrochage public avec Géraldine Woessner du Point en 2023 autour d'un dossier sur l'eau reste non résolu, sans procédure judiciaire9.
Ce qui se dégage : pas un média fragile sur le plan juridique, mais un média dont les controverses naissent toutes d'un positionnement politique revendiqué. Les points de friction sont prévisibles — ils se concentrent sur les sujets où la rédaction choisit un camp. Le lecteur sait d'avance quels terrains appellent une vérification croisée.
Couverture et cadrage éditorial
Bon Pote se présente comme un média de rigueur scientifique ancré dans la littérature peer-reviewed. L'analyse du corpus confirme ce socle sur les sujets climatiques, mais révèle que près d'un quart des articles publiés ces six derniers mois traitent des élections municipales 2026, sous un angle systématiquement critique envers le RN et la droite4. Le média ne prétend plus à la neutralité : la ligne anticapitaliste est revendiquée, et la réponse aux critiques de politisation tient en une phrase — "tout, absolument tout est politique"6.
Les sujets absents dessinent le cadrage aussi nettement que les sujets présents : pas de sport, pas de culture, pas d'immigration, pas de politique de droite traitée sans grille critique. Le vocabulaire des titres est évaluatif et répétitif — "catastrophique", "arnaque", "mensonges", "enfumage" — et s'applique à des articles parfois plus nuancés dans le corps. Surtout, les acteurs critiqués (Engie, Duplomb, le RN, les syndicats agricoles) apparaissent comme objets d'analyse, jamais comme voix. Sur dix articles news et analyse examinés en détail, aucun n'intègre de contradicteur. L'asymétrie n'est pas cachée, elle est structurelle.
Rigueur de l'information
Aucun évaluateur indépendant ne note Bon Pote à ce jour — ni NewsGuard, ni MBFC, ni l'AFP, ni le CDJM. C'est normal pour un média jeune et de niche, et ce n'est pas en soi un signal négatif10. L'analyse propre confirme une rigueur à deux vitesses : les enquêtes de Thibaut Schepman tiennent sur des sources propres multiples et un travail de terrain réel, mais seulement la moitié des articles news et analyse atteignent un sourçage de trois sources nommées ou plus, et plusieurs textes de synthèse ne comportent aucune source propre5.
Le problème concret pour le lecteur n'est pas que Bon Pote se tromperait sur les faits — quand une erreur est signalée, le droit de réponse est publié. Le problème est qu'un article de synthèse sans sources propres et une enquête documentée arrivent dans le même habillage, avec le même ton assuré et les mêmes titres à charge. Rien ne permet de distinguer au premier coup d'œil le travail de reportage de la vulgarisation engagée. On n'est pas face à un média peu fiable, mais face à un média sérieux sur une fraction de son corpus et dont les garde-fous uniformes manquent pour le reste.
Déontologie et correction
Aucune charte éditoriale publiée, aucune page de corrections dédiée, aucun médiateur, aucune adhésion au CDJM, aucune certification JTI. Les URL /charte/ et /corrections/ renvoient en erreur. Bon Pote mentionne une "charte réseaux sociaux" sans en publier le texte, et pratique des corrections "dans l'article" sans page centrale les recensant3. Seule convention collective rattachée : celle des journalistes, depuis la reconnaissance CPPAP de juillet 2025.
Concrètement, si une erreur apparaît dans un article, il n'y a pas de procédure publique pour la signaler, pas de tiers vers qui se tourner, pas de trace centralisée des corrections déjà effectuées. Le dossier Planet-Score montre que le droit de réponse peut être respecté quand il est réclamé par un avocat ; reste qu'aucun dispositif stable ne protège le lecteur ordinaire. Pour un média qui revendique la rigueur scientifique, l'absence d'infrastructure déontologique visible est la principale zone de fragilité.
Sources
- 1Bon Pote, "250 brebis galeuses : Bon Pote a listé les candidats problématiques des municipales 2026", mars 2026 (chiffre initial 229, mis à jour à 250). Partenariat avec Libération, Mediapart, Street Press et Les Jours.
- 2Bon Pote, "Bon Pote devient officiellement un média", 6 août 2025 (décision CPPAP du 4 juillet 2025). Article El Niño co-signé par Christophe Cassou (GIEC).
- 3Annuaire-entreprises.data.gouv.fr et societe.com — BP MEDIA, SARL unipersonnelle, Thomas Wagner gérant. Bon Pote, page "Soutenir".
- 4Analyse Prisme du corpus RSS : 80 articles sur 161 jours, dont 19 consacrés aux municipales 2026 (24 %).
- 5Analyse Prisme Pass 2, 12 articles codés : densité de sources 3+ à 50 %, labellisation info/opinion dans 3/12 cas, jugements évaluatifs non attribués dans 10/10 articles news/analyse.
- 6Bon Pote, "La nouvelle ligne éditoriale chez Bon Pote" et "Vous êtes trop politique" (2025).
- 7Ministère de la Culture, tableaux des titres de presse aidés ; data.gouv.fr, dataset aides à la presse — aucune entrée Bon Pote. Note : l'éligibilité SPTEL post-CPPAP n'est pas vérifiable par scraping et constitue un angle mort résiduel.
- 8Bon Pote, "Planet-Score : l'étiquette qui verdit la viande rouge ?", 12 novembre 2025 ; réponse de Tom Bry-Chevalier, janvier 2026.
- 9Post LinkedIn de Géraldine Woessner, 19 mars 2023 ; Bilan 2025 de Bon Pote.
- 10Ground News, API NewsGuard, Wikipedia — Bon Pote non évalué par MBFC, NewsGuard, AFP Factuel, CDJM, JTI, Conspiracy Watch, Fondation Descartes.