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Blast, le souffle de l'info

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Tl;dr

Sur quoi faire confiance

  • Sur les enquêtes longues signées par la rédaction : sourçage solide, témoins nommés, résistance à l'épreuve judiciaire. Trois procès en diffamation, trois acquittements.
  • Pas d'actionnaire industriel, pas d'annonceur : le financement repose sur les abonnés et les dons, sans levier externe.

Sur quoi faire attention

  • La frontière enquête/opinion est floue : des articles d'opinion ne portent aucun label, d'autres sont étiquetés "actualité". Sans label, partez du principe que c'est de l'opinion.
  • La sélection cible la droite et l'extrême droite de façon structurelle ; les voix contradictoires sont systématiquement absentes des articles informatifs.
  • Aucun mécanisme de correction n'existe : ni charte, ni page d'erratum, ni médiateur.

Comment lire Blast, le souffle de l'info

  • Fiez-vous aux enquêtes de terrain, pas aux formats courts ou aux chroniques sans label.
  • Sur les sujets touchant la droite, les médias concurrents ou le pouvoir exécutif, croisez avec un titre de positionnement différent.

Identité

Blast est un média en ligne fondé en 2021 par le journaliste Denis Robert, ancien de Libération et figure de l'affaire Clearstream. La rédaction compte une vingtaine de salariés dont neuf journalistes, avec 1,4 million d'abonnés sur YouTube et plus de 30 000 abonnés payants7.

Le projet naît dans un contexte de concentration des médias français, porté par une campagne de financement participatif qui dépasse les 900 000 euros en un mois. Denis Robert, qui avait participé à la direction de Le Média avant d'en être écarté, conçoit Blast comme une coopérative sans actionnaire industriel. En cinq ans, le média s'est imposé dans le paysage de l'investigation en ligne, tout en traversant des crises internes récurrentes8.

Structure et financement

Blast est constitué en coopérative d'intérêt collectif avec environ 2 000 sociétaires disposant chacun d'une voix. L'entreprise vit d'abonnements, de dons et de parts sociales. Aucune publicité, aucun actionnaire extérieur. Les aides publiques à la presse en ligne ont chuté de 803 000 euros en 2022 à 316 000 euros en 20249. Le résultat net suit la même trajectoire : de 134 000 euros à 10 000 euros sur la même période10.

L'indépendance vis-à-vis des puissances économiques est réelle. Le risque est ailleurs : Denis Robert cumule les fonctions de fondateur, président et directeur de publication dans une structure théoriquement coopérative, sans comité éditorial formalisé11. La pression financière croissante, combinée à un public d'abonnés idéologiquement engagé, crée une incitation implicite à satisfaire les attentes de cette base.

Historique et controverses

Quatre épisodes de gouvernance interne dessinent un schéma : le licenciement d'un journaliste ayant proposé de créer une société des journalistes en 2022, celui du délégué syndical SNJ en 2023 sans faute documentée, une enquête d'Arrêt sur images recueillant les témoignages d'une quinzaine de salariés sur des pratiques managériales qualifiées de brutales, et la suppression en 2026 de trois articles sur accord confidentiel sans en informer leur auteur12. À côté de ces tensions internes, Blast a été condamné deux fois dans l'affaire des Marioles pour contrefaçon de droits d'auteur, pour un total d'environ 45 000 euros13.

Le schéma est celui d'un fondateur qui concentre le pouvoir et tranche seul sur les conflits. Une société des journalistes existe depuis 2024, mais son poids réel dans la gouvernance n'est pas documenté14. Le bilan judiciaire en diffamation reste favorable à Blast, et les condamnations portent sur la gestion d'un projet créatif, non sur le journalisme. Mais la récurrence des crises internes rend les tensions prévisibles.

Couverture et cadrage éditorial

Blast se présente comme un média d'investigation au service de l'intérêt général, sans étiquette politique revendiquée. L'analyse du flux éditorial montre un périmètre plus ciblé : l'extrême droite domine les sujets couverts, loin devant la justice ou la politique, pendant que l'économie, l'Europe institutionnelle et les sciences sont absentes5. Les acteurs de droite et du pouvoir exécutif sont systématiquement en position de cible, la gauche radicale en position défendue15.

L'asymétrie se confirme dans le sourçage : dans les articles informatifs analysés, les voix critiques de la cible surpassent nettement les voix contradictoires, et certains médias visés ne sont pas contactés pour réaction16. Près de la moitié des titres emploient un vocabulaire à charge émotionnelle forte17. Ce cadrage est cohérent et identifiable, ce qui permet au lecteur averti de le corriger, mais il n'est jamais revendiqué comme tel.

Rigueur de l'information

Blast n'est évalué par aucun des grands évaluateurs indépendants de la fiabilité journalistique, ce qui empêche toute comparaison externe18. L'analyse interne confirme un clivage : les enquêtes de terrain atteignent une densité de sourçage élevée, avec sept articles informatifs sur huit mobilisant trois sources ou plus1. À l'inverse, la séparation entre information et opinion est défaillante dans plus de quatre articles sur dix4.

Le problème n'est pas le manque de faits dans les enquêtes mais leur enrobage. Chaque article informatif analysé contient des jugements éditoriaux non signalés comme tels19. Et certaines enquêtes labellisées comme telles reposent en réalité sur l'agrégation de travaux d'autres médias20. Le lecteur reçoit un mélange de terrain solide et d'opinion non balisée, sans indicateur pour distinguer l'un de l'autre.

Déontologie et correction

Blast ne dispose d'aucune charte déontologique interne, d'aucune page de corrections, d'aucun médiateur et d'aucune certification de transparence6. Le média n'adhère pas au Conseil de déontologie journalistique. Aucune unité de vérification des faits n'existe en interne.

Pour le lecteur, cela signifie qu'en cas d'erreur, il n'existe aucun recours visible. L'épisode de la vidéo d'un policier en 2023, vue 4,5 millions de fois et accusée d'omission de contexte, n'a fait l'objet d'aucun rectificatif formel21. Une société des journalistes a été créée, mais dans une structure où le fondateur tranche seul, son rôle de contre-pouvoir reste à démontrer.

Sources

  1. 1Analyse éditoriale Prisme, avril 2026 : 7/8 articles informatifs avec 3+ sources ; enquêtes M23, violences policières et Saadé mobilisant 6 à 11 sources avec témoins nommés
  2. 2Jugements BHL (sept. 2021, confirmé en appel), Ferracci (oct. 2024), Aliot (avr. 2025) : Blast acquitté dans les trois cas
  3. 3Blast, page Soutenir : « Pas de pub. Pas de milliardaire. Pas de patron. » ; structure SCIC sans actionnaire industriel
  4. 4Analyse éditoriale Prisme : 5/12 articles présentent une discordance entre genre observé et label affiché ; articles d'opinion sans label opinion, article d'opinion labellisé « Actualité »
  5. 5Analyse éditoriale Prisme : 29/100 articles tagués « Extrême droite » ; économie macro, Europe institutionnelle, sciences absentes du corpus
  6. 6Recherche identité Prisme, avril 2026 : aucune charte, médiateur, page corrections, certification JTI ou adhésion CDJM trouvés sur blast-info.fr
  7. 7Blast, page Présentation : 9 journalistes et 14 membres non-éditoriaux ; émission 2025 : 1,4 M abonnés YouTube, 30 000+ abonnés payants
  8. 8Wikipedia, article Blast (média) : campagne KissKissBankBank 923 031 euros, 8 542 donateurs ; fondation janvier 2021
  9. 9Ministère de la Culture, tableaux officiels titres aidés 2022-2024 : SPTEL 803 000 euros, 623 815 euros, 316 464 euros
  10. 10Societe.com et Pappers : résultat net 133 970 euros (2022), 53 610 euros (2023), 10 333 euros (2024)
  11. 11Mentions légales blast-info.fr : Denis Robert directeur de publication et président ; recherche identité Prisme : aucun comité éditorial formalisé trouvé
  12. 12Arrêt sur images, juin 2023 : témoignages de quinzaine de salariés ; SNJ, sept. 2023 : licenciement délégué Etcheto ; Wikipedia : licenciement Faubert, mai 2022 ; Arrêt sur images, mars 2026 : suppression articles Ferracci
  13. 13L'Informé, sept. 2024 : condamnation contrefaçon 20 000 euros + 9 000 euros frais ; Wikipedia : seconde condamnation oct. 2025, 9 000 euros + 7 000 euros frais
  14. 14Compte X @SDJ_Blast, oct. 2024 : publication d'un droit de réponse au SNJ ; rôle de contre-pouvoir non documenté
  15. 15Analyse éditoriale Prisme : acteurs de droite en position « object » (cible), gauche/LFI en position « subject (défendu) » ; seule figure de gauche critiquée : Glucksmann, pour ne pas être assez à gauche
  16. 16Analyse éditoriale Prisme : dans 7/8 articles informatifs, sources critiques de la cible surpassent les voix contradictoires ; enquête Franceinfo TV : 6 sources critiques, 0 voix de la direction
  17. 17Analyse éditoriale Prisme : 44/100 titres à charge émotionnelle forte
  18. 18Recherche track record Prisme : aucune fiche MBFC, NewsGuard, Fondation Descartes, JTI, AFP Factuel ou baromètre Kantar/La Croix pour Blast
  19. 19Analyse éditoriale Prisme : jugements auctoriaux non attribués dans 8/8 articles informatifs
  20. 20Analyse éditoriale Prisme : article RN/La Cocarde labellisé « Enquêtes » avec une seule source propre, le reste agrégé d'autres médias
  21. 21Causeur, sept. 2023 : vidéo du policier vue 4,5 M de fois, accusée d'omission de contexte ; Blast maintient sa version sans rectificatif formel