Arrêt sur images
www.arretsurimages.netTl;dr
Sur quoi faire confiance
- Un des rares médias français vivant uniquement de ses abonnés, sans publicité ni argent public.
- Rédaction propriétaire du site à parts égales, sans actionnaire extérieur possible.
- Reconnaît ses erreurs publiquement, ce qui reste rare en France.
Sur quoi faire attention
- Tout est lu à travers un seul filtre : la critique des grands médias. Le reste de l'actualité n'est presque jamais traité pour lui-même.
- Titres et intros glissent souvent des jugements de valeur présentés comme des constats.
- Enquêtes et brèves regroupées sous la même étiquette vague : impossible de savoir ce qu'on lit.
Comment lire Arrêt sur images
- À lire comme un média de décryptage des médias, pas comme une source d'information générale.
- À compléter par un média d'actualité classique pour l'économie, la santé et la science.
Identité
Arrêt sur images est un site d'information en ligne créé en 2007 par le journaliste Daniel Schneidermann, spécialisé dans la critique et l'analyse des médias. L'équipe compte une dizaine de salariés et le site fonctionne entièrement sur abonnement1.
Le projet est né d'un licenciement. L'émission du même nom diffusée sur France 5 depuis 1995 est supprimée en 2007, son présentateur remercié pour faute grave après avoir dénoncé publiquement la décision2. Schneidermann relance le concept en ligne quelques mois plus tard, avec un pari : prouver qu'un journalisme de critique des médias peut survivre sans publicité ni groupe de presse derrière lui. Près de vingt ans plus tard, le média est toujours là, avec moins d'abonnés qu'à son pic de 2017 mais un modèle économique intact.
Structure et financement
Le site appartient à ses salariés. En 2021, Daniel Schneidermann a donné l'intégralité de ses parts aux huit personnes de l'équipe, qui les détiennent à parts égales et les restituent en quittant la structure13. Les revenus viennent des abonnements, entre 2 et 10 euros par mois, sans publicité, sans subvention publique, sans événement payant, sans contenu de marque14. Les comptes 2024 sont revenus à l'équilibre après une année 2023 déficitaire5.
Ce montage est un des plus protecteurs du paysage français. Aucun actionnaire extérieur, aucune dépendance à un annonceur, aucun financement public susceptible d'être coupé. La contrepartie est ailleurs : une audience payante relativement homogène crée une pression implicite à rester dans la ligne attendue par les abonnés. Ce n'est pas une interférence, c'est un biais de public. L'indépendance financière est réelle ; la question n'est pas de savoir qui possède le journal, mais pour qui il écrit.
Historique et controverses
Le dossier judiciaire d'Arrêt sur images est léger et globalement favorable au site. Une victoire de principe sur le secret des sources dans l'affaire Koh-Lanta en 20136, une relaxe en diffamation en 2025 avec condamnation du plaignant pour abus de procédure7, une seule décision défavorable ancienne sur un licenciement abusif avec des montants modestes8. En revanche, le site a bien payé les 540 000 euros de redressement fiscal reçus en 2015 après avoir appliqué volontairement le taux réduit de TVA presse à ses abonnements en ligne9. Une tentative d'amnistie parlementaire a échoué cette même année, contrairement à ce qu'on lit parfois : le choix fiscal était politique et revendiqué, pas dissimulé.
Le pattern le plus marquant n'est pas judiciaire mais éditorial. Sur plusieurs dossiers sensibles — enquête disputée sur Le Monde diplomatique en 202310, couverture de la Ligue du LOL, extrait tronqué d'une émission avec Blanche Gardin en décembre 202511 — la rédaction a publié des autocritiques signées de son médiateur, reconnu les erreurs, et parfois mis l'émission complète en accès libre en guise d'excuse. Cette discipline du retour sur erreur est rare et dit quelque chose d'utile : quand Arrêt sur images se trompe, on a de bonnes chances de le savoir par Arrêt sur images.
Couverture et cadrage éditorial
Le site se présente comme un lieu de critique des médias, indépendant et sans étiquette politique affichée. L'analyse de ce qu'il publie confirme l'axe et précise la couleur : plus de la moitié des contenus récents visent directement les pratiques de médias français, et les sujets restants — géopolitique, politique intérieure, société — sont presque toujours abordés sous l'angle de leur traitement médiatique12. Les cibles récurrentes sont connues : les chaînes du groupe Bolloré, BFMTV, Le Figaro, France 2. Elles apparaissent comme objets de critique, presque jamais comme sources légitimes.
L'angle n'est pas caché : c'est la mission revendiquée. Le lecteur doit en tirer deux conséquences. D'abord, de larges pans de l'actualité n'existent pas sur le site : économie et social non médiatiques, santé publique hors critique, sport, science, éducation. Ensuite, le vocabulaire porte le jugement : les titres parlent de "maltraitance médiatique", de "courbette éditoriale", de "fausse polémique", de "mariage de raison". Ce n'est pas un biais caché, c'est une grille assumée, mais elle sature tout ce qu'on lit.
Rigueur de l'information
La charte déontologique est publique, s'appuie sur les textes de référence du métier et engage le site à corriger visiblement ses erreurs et à publier les réponses sous trois mois13. Les mécanismes correspondants fonctionnent : un médiateur actif, des autocritiques documentées, des rétractations rapides. Aucune grande plateforme d'évaluation des médias n'a d'avis publié sur Arrêt sur images, ce qui est cohérent avec sa taille et son positionnement de niche.
Les points d'alerte viennent de la pratique observée. Les articles d'enquête et les brèves factuelles sont regroupés sous un même label vague, ce qui empêche le lecteur de situer ce qu'il lit. Les titres et les introductions glissent des qualifications évaluatives comme "scandale sanitaire dépolitisé" ou "c'est officiel" sans les attribuer à une source. Les émissions sont mieux documentées, avec des experts nommés en plateau ; les articles écrits le sont moins. Le mur d'abonnement rend cette mesure partielle par construction. On n'est pas face à un média peu fiable, on est face à un média sérieux dont certains garde-fous sont déclaratifs plus qu'observables.
Déontologie et correction
Les garde-fous sont explicites et rares dans le paysage français : charte publique, rubrique "Le Médiateur" active, distinction formelle entre articles et chroniques sur le site, engagement de correction visible, société des journalistes qui élit son rédacteur en chef1314. Le média n'est en revanche pas adhérent du Conseil de déontologie journalistique, ni certifié par la démarche internationale JTI. Son statut administratif de presse en ligne reconnue reste partiellement ambigu : le site héberge un document officiel qui n'a pas pu être vérifié dans le registre public.
Concrètement, si une erreur passe, le lecteur a une chance réelle d'en lire le rectificatif, et parfois même une excuse publique avec mise à disposition gratuite du contenu. C'est un vrai contrepoids interne, porté par une équipe qui est aussi propriétaire du site et ne peut pas se défausser sur un actionnaire. La limite est la même pour tous les médias en autocontrôle : le système fonctionne tant que la rédaction choisit de l'activer, puisqu'aucun tiers n'a de prise formelle dessus.
Sources
- 1Arrêt sur images — page d'accueil et mentions légales (arretsurimages.net).
- 2Acrimed, "Suppression d'Arrêt sur images" (2007).
- 3Wikipédia, article "Arrêt sur images" (cession de parts 2021).
- 4LinkedIn — page entreprise Arrêt sur images (modèle économique).
- 5Pappers et Societe.com — fiche entreprise ARRET SUR IMAGES - LOUBIANA (données financières 2021-2024).
- 6Arrêt sur images, "Koh-Lanta : la production n'avait pas le droit de contourner le secret des sources" (2013).
- 7Arrêt sur images — chronique interne sur la relaxe en diffamation dans l'affaire Actu.fr/Zaugra (jugement du 18 février 2025).
- 8Legalis — arrêt de la cour d'appel de Paris du 15 mars 2007, affaire Riff Productions / Perline.
- 9France Info, "Amnistie fiscale de Mediapart et Arrêt sur images : la polémique en quatre actes" (2015).
- 10Arrêt sur images — chronique du médiateur, "ASI et le Diplo, une enquête à pertes et profits" (mai 2023).
- 11Puremédias — article sur la rétractation après l'extrait tronqué de l'émission avec Blanche Gardin (décembre 2025).
- 12Analyse Prisme — codage de 68 items RSS publiés entre le 30 mars et le 16 avril 2026.
- 13Arrêt sur images — charte déontologique (arretsurimages.net/charte-deontologique).
- 14Réseau des journalistes du CELSA — élection de Paul Aveline comme rédacteur en chef (octobre 2023).